Message de Noureddine
un vrai Titi ferryvillois.
reçu le 22 juin 2005

C'est en surfant que j'ai découvert, tout à fait par hasard, ce site magnifique. Depuis, cela fait déjà un an, je ne cesse de le découvrir et, à travers lui, l'histoire de ma ville natale à laquelle je suis profondément attaché, où je continue d'y vivre et espère y finir mes jours.
Les éléments d'histoires de Ferryville recueillis par Mr. Roger Xavier Lantéri sont le fruit d'une recherche sérieuse à saluer. L'amour que voue Christian (que j'ai eu le plaisir de rencontrer en compagnie de Lucette lors de leur dernier passage à Menzel) pour sa ville natale frôle l'adoration. Je ne peux passer sous silence les récits, combien émouvants de tous les autres témoignages d'anciens et descendants de Ferryvillois. En parcourant les milliers de messages du livre d'or du site, je n'ai, jusqu'ici, relevé aucune connotation qui puisse choquer ou déplaire. Ceci est à votre honneur, vous tous qui participez à l'essor et l'émancipation de ce site devenu la page favorite de pas mal de jeunes internautes Menzéliens.
Né en 1948 dans le quartier du Transvaal, fils de chaudronnier à l'Arsenal, j'ai entamé ma scolarité à l'Ecole Laïque de la rue Jules Verne redevenue, à la fin des années cinquante, l'Ecole Franco-arabe et ce, avant de rejoindre le Lycée Mixte de Menzel Bourguiba en 1961.
Je me rappelle encore du directeur de l'école primaire Monsieur Blanchard, qui maîtrisait la langue arabe et qui, avec sa pointure de 47, menaçait tout retardataire. Mais ce n'étaient que des menaces sans lendemain car il était d'une intégrité et d'une politesse sans faille. Sa femme aussi d'ailleurs qui nous enseignait le français dans la même école et qui a marqué notre enfance par sa gentillesse envahissante.
Chaque matin, en quittant la maison pour regagner l'école, ma mère me lançait le rituel conseil «fais attention aux vélos quand tu traverses la rue ». C'est dire combien de vélos arpentaient à l'époque les rues de Ferryville. Je me rappelle qu'aux heures de pointe, des gendarmes prenaient place dans les intersections pour réguler la circulation composée de centaines de bicyclettes quittant l'Arsenal et dont le bruit des chaînes et roues libres s'entendait à des dizaines de mètres à la ronde.
Habitant dans la zone sud de la ville, je devais traverser toute la ville pour arriver à l'école située elle dans la zone nord. J'empruntait le boulevard Carnot (Khéreddine maintenant) et, chemin faisant, je cueillais soit des roses soit des fruits qui jonchaient les clôtures. Aussi étrange que cela puisse paraître et à cet âge là je ne manquais jamais de lancer un regard furtif mais malicieux en espérant percevoir entre les bâillements des portes les charmantes mais non moins étranges demoiselles qui occupaient les maisons closes de notre quartier tel que « A la Riviera».
Arrivé sous les caroubiers je sens encore cette fraîcheur créée par l'ombrage des ces arbres dont les extrémités se touchent. Les briques rouges des maisons avoisinantes étincelaient de mille feux et le chant des oiseaux rompait ce silence et ce calme plat qui caractérisent, jusqu'à nos jours d'ailleurs, cet endroit.
Au niveau de la place Joffre, je ne manquais jamais de m'attarder pour voir les affiches des films de la semaine. Mon oncle maternel que l'on surnommait Papillon, travaillait à l'époque en tant que placeur au cinéma Bagure (L'Olympia) et j'avais l'avantage de bénéficier, deux fois par semaine, d'un billet de faveur. Par la force des choses, je suis devenu, dès mon jeune âge, un vrai cinéphile. Je n'ai pas manqué un seul film des séries d'Eddy Constantine, de Fernandel, de Gary Cooper, de Burt Lancaster et autres Gabin, Jouvet..
Des films comme ceux de Gabin « Quai de brumes », de Jouvet « Docteur Knock ou la victoire de la médecine », Gérard Philippe « Fanfan la Tulipe », restent entre autres, les repères de mon enfance de Ferryvillois de l'autre bout de la ville. D'un Titi autochtone, qui connaît tous les coins et recoins de la sa ville.
La projection, avant le film, des « Actualités Tunisiennes », distribuées par la toute jeune maison de distribution cinématographique tunisienne SATPEC nous offrait l'occasion d'avoir un flash sur ce qui passait dans notre pays et dans le monde.
De retour de l'école, le soir, je passais devant le bar « CHEZ MAX » où mon père devait m'attendre pour rentrer ensemble à la maison. Il me faisait parfois rentrer dans ce bistro pour boire une limonade et dire bonjour à son meilleur ami de l'époque un certain Monsieur GASPARD, tailleur de sa profession installé sous les arcades de l'immeuble DEGRANGES et avec qui nous entretenons des échanges de visites familiales réciproques. Perché sur le siège arrière du vélo de mon père, je lui tapais souvent sur le dos pour lui demander de s'arrêter et me payer un cornet de marrons chauds qu'exhibaient et vantaient les vendeurs tout autour de la place Guépratte dans une ambiance enfumée et bon enfant. « Chauds, les marrons chauds », criaient-t-ils à tue tête.
Les dimanches étaient pour moi l'occasion de flâner dans la ville, de la petite à la grande Sicile, des Villas roses à la Cité Maritime et jusqu'à Guengla en passant devant le SLOM, l'Hôpital Maritime et le Temporaire.
Ferryville ne devait pas avoir de secret pour moi, j'explorais tous ses coins et recoins, de la Batterie Cinq (les trois palmiers) aux Trois Canons, du cimetière musulman jonché sur la colline sud de la ville à Sidi Yahia en passant par la Briqueterie ; de la plage Rondeau (un salut à Patrick et Monique) à Sidi Hassoun.
Il m'arrivait (à l'insu de mes parents bien sûr) de me pointer devant la porte du Marché pour offrir mes services d'aide, surtout aux femmes âgées alourdies par leurs paniers pleins de légumes. J'étais toujours récompensé par des menues monnaies qui me permettaient, largement, de m'acheter des glibettes ou des cacahuètes salées que je picotais au cinéma tout au long de la projection.
Le soir, chez moi, recroquevillé dans un coin, sous la lumière mitigée de notre unique lampe à pétrole, j'ouvrais mes livres posés sur mes genoux et, entre sommeil et lecture, j'imaginais déjà mes conquêtes du lendemain.

                            Noureddine.
        


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