LA CATASTROPHE DU SOUS-MARIN
LE FARFADET









Carte postale propriété d'Arlette Muscat

photo propriété de Roger Jannuzzi, reproduction interdite sans son autorisation
       

             Le 6 juillet 1905. Le " Farfadet " appareille de la darse de Sidi-Abdallah pour effectuer, dans le lac de Bizerte, une sortie d'exercice. Il est accompagné d'une chaloupe à vapeur réglementaire. Dès la sortie de la passe, le Commandant RATIER fait mettre au poste de plongée… Brusquement, l'avant s'enfonce. Le Second-Maître TROADEC et le Quartier-Maître LEJEAN se précipitent pour fermer le capot avant, puis rejoignent le Commandant dans le kiosque en essayant de refermer le capot supérieur de ce dernier derrière eux.
             L'eau surgissant de l'intérieur du sous-marin pousse les trois hommes et le capot qui n'avait pu être fermé à temps à l'extérieur du sous-marin. Ce dernier pique du nez dans la vase par dix mètres de fond. Les trois rescapés sont immédiatement repêcher par la chaloupe accompagnatrice.
             On mouille une bouée repère à l'endroit de la disparition du " Farfadet " et à toute vitesse la chaloupe fait route vers la terre pour avertir les autorités et demander du secours.
             Le sauvetage paraît se présenter dans les conditions les plus favorables dix mètres de profondeur, sept seulement au-dessus du sous-marin, mer d'huile, à quelques centaines de mètres d'un arsenal maritime. Et si les quatorze hommes restant à bord ont pu se réfugier dans des compartiments non envahis par l'eau et fermer derrière eux les portes étanches particularité nouvelle sur ces sous-marins), ils pourront survivre jusqu'à ce que l'on puisse soulever la partie du navire où ils se trouvent.
             Remorqueurs, gabares, pontons-grues, scaphandriers se rendent sur les lieux du naufrage.
             Deux messages sont envoyer à Paris : " Sous-marins " Farfadet " coulé entrée port Sidi-Abdallah ", plus tard : " Quatorze hommes restés enfermés dans la partie arrière répondent aux coups frappés sur la coque par les scaphandriers. Tous moyens de relevage sur les lieux ".
             On peut lire dans les journaux de toutes les nationalités à peu près la même substance. Voici ce qu'écrit J. de T. dans " La Vie Illustrée " du 14-7-1905 : " Est-il de tragédie plus effrayante, plus angoissante que celle-ci. Quatorze matelots emprisonnés dans un sous-marin immergé. Ils ne peuvent rien tenter pour se sauver, mais ils entendent, ils savent que des camarades s'occupent d'eux. L'espoir leur est permis… Mais les heures interminables et trop courtes à la fois s'écoulent.
             L'air devient rare … On frappe sur la coque du navire. Cela veut dire : " Nous sommes là, courage ! ". Et les prisonniers répondent par des coups sur l'impitoyable muraille de tôle. L'air va manquer. L'air manque. C'est l'agonie. Les sauveteurs vont-ils réussir?. Dans deux minutes, tout sera fini. Qu'est-ce?. Le sous-marin remue, on l'arrache à l'étreinte de la vase. L'espoir!. Mais, soudain, un choc, le navire est retombé.
             Et c'est la fin, la mort atroce, après un lutte héroïque. Revenons aux sauveteurs. Un sentiment d'impuissance
             gagne les plus optimistes, l'avant du navire est profondément enfoncé dans la vase, les scaphandriers ont toutes les peines du monde à placer des chassis et des aussières d'acier sous cette coque circulaire et lisse sans aucun point d'accrochage.
             Le 7, un petit espoir : la gabare " Kébir " et le ponton-grue de la Compagnie de Port réussissent à soulever et à faire apparaître l'arrière du " Farfadet " . Un contact avec les naufragés a été pris, on a même réussi à renouveler un peu l'air dans la compartiment. C'est alors que la grue de la Compagnie du Port s'abat et le sous-marin glisse de nouveau au fond.
             Le 8 juillet , les efforts continuent sans succès. On n 'entend plus les hommes prisonniers taper contre la coque.
             L'Arsenal de Bizerte adapte un dock flottant de quatre cents tonnes pour soulever le sous-marin et pour l'emmener ensuite dans un bassin de radoub. Monsieur Gaston THOMPSON. Ministre de la Marine, débarque du croiseur " Desaix " , à Bizerte le 9 juillet à 13 heures. Il interroge les rescapés et constate tous les moyens mis en œuvre, suit avec anxiété tous les efforts possibles.
             Les 10, 11, et 12 juillet, les travaux continuent, aidés par le navire de sauvetage allemand " Berger Wilhem ", qui avec ses puissantes pompes refoulantes, arrive à enlever la vase de sous la coque du sous-marin.
             Le 12 au soir, une chaîne et deux aussières sont amarrés autour de la coque et attachées sous le dock.
             Le Ministre effectue une plongée dans le lac de Bizerte à bord du " Korrigan " pour comprendre les différentes manœuvres et la vie à bord d'un sous-marin, puis il repart pour Paris.
             (On peut faire l'analogie avec les événements contemporains, après la catastrophe du sous-marin " Minerve " Le Général de GAULLE alors Président de la République avait voulu, lui aussi, effectuer une plongée avec un sous-marin du même type, ce fut la malheureuse " Eurydice " ).
             Le 13 juillet, le dock s'est enfoncé de cinq mètres et toutes les attaches avec le sous-marin sont raidies. Le 14, on commence à vider les ballasts. Le 15, le remorqueur de haute mer " Cyclope " remorque l'ensemble dock et sous-marin dans un bassin de radoub.
             Le sous-marin se pose sur le fond, le dock ressort et on commence à vider le bassin.
             Neuf jours après la catastrophe, le " Farfadet " apparaît couché sur bâbord. Une ouverture est pratiquée au-dessus du compartiment arrière pour sortir les corps de ceux qui avaient espéré jusqu'au 7 juillet date de la rechute.
             Le 18 juillet, à Sidi-Abdallah, des obsèques solennelles ont lieu, puis le remorqueur " Cyclope " transporte les cercueils à Bizerte. Un dernier hommage est rendu aux marins morts, les contre-torpilleurs de l'Escadre et les torpilleurs de Tunisie les escortent.
             Dix jours plus tard, on rapatrie les corps par le paquebot " Ville-de-Naples ".
             Quant au " Farfadet " après l'avoir mis en condition d'effectuer une traversée à la remorque, il regagne Toulon en octobre, tiré par le " Cyclope ", où il reprendra du service pendant quelques années à Toulon.
       




A Bizerte, le 18 juillet 1905, un dernier hommage est rendu aux marins morts.

photo propriété de Roger Jannuzzi, reproduction interdite sans son autorisation


photo propriété de Roger Jannuzzi, reproduction interdite sans son autorisation


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Toutes les photos qui suivent appartiennent à la famille de Limane Hichem de Bizerte, que nous remercions sincèrement.
Photos en copyrights Digimarc et marquées en sous couche. Usage strictement personnel autorisé.


Photo de l'équipage du sous-marin le Farfadet, prise
20 jours avant la catastrophe du 6 juillet 1905.




















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